Ameor's profileLe petit monde d'ÂmeorPhotosBlogListsMore Tools Help

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    February 13

    Femme-Arbre

     
     
    Envie ce soir de vous parlez de la Femme-Arbre.
    Elle a germé dans ma tête il y a de cela plusieurs années et depuis elle n'a cessé de prendre une place de plus en plus importante dans ma vie.
     
    Une Femme-Arbre qui se développe au fil du temps.
    J'en écrit l'histoire petit à petit.
    Je la veux belle, lumineuse, poétique, magique, fragile et forte à la fois...
    Arbre certes mais humaine aussi
    Symbole de la haute terre, en ce monde pour nous réapprendre des valeurs fondamentales celles du respect de la nature et donc de nous même.
     
    Laissez vous bercer par son chant envoutant, laissez-vous remplir de son parfum suave, laissez-vous happer par sa magnificence.
     
    Je vous la présente dans toute l'extraordinaire beauté dans laquelle baigne la moindre de ses ramures...(Voir album)
     
    Avec tout le respect que je lui doit...
     
    Âmeor
     
     
    February 06

    Ben Zimet le conteur d'une tradition perdue

    Ben Zimet
    Le dit de Khelm

     

     

    Vous pouvez aller consulter la page de Ben Zimet et écouter un de ses contes en cliquant sur la photo.

     

    Ben Zimet (Yiddishland, Europe de l’Est)
    La tradition orale des Juifs de l’Europe de l’Est racontée par Ben Zimet. Des contes hors des sentiers battus. Le Yiddishland est ce pays sans frontières tant aimé de Kafka qui va de la mer Noire à la Lithuanie et où le cœur de l’homme bat plus que partout ailleurs.

     

     

     

    Comment Dieu créa la femme

     

    Dieu n'a pas créé la femme à partir de la tête de l'homme pour qu'il l'a commande; ni à partir de ses pieds pour qu'elle soit son esclave.

     

    Il l'a créée à partir de son flanc, de façon qu'elle soit plus proche de son coeur.

     

    Extrait tiré du livre : "Contes du Yiddishland" de Ben Zimet



     
    December 17

    Chronique du bon sens de Bernard Montaud " Le maître et l'élève"

    Le maître et l'élève

    Il arriva qu'un jour... lors d'une promenade avec son vieil ami César, Jacques fut tout à coup pris par une interrogation cruciale, comme une démangeaison soudaine venant agacer son cerveau: Qu'est-ce qu'un maître spirituel ? Qu'est-ce qu'un élève ? César était-il un maître, et Jacques était-il son élève ? Mais comment demander une chose pareille au vieil homme sans prendre le risque de se faire rabrouer ? Ils marchaient en silence, César le nez au vent, et Jacques cherchant les mots! Et puis, ce fut plus fort que tout... « Tant pis, j'y vais, je me lance! décida-t-il. On verra bien ! »
    - César...Je... Est-ce que... Enfin...Je voudrais te demander...
    - Mais qu'est-ce que tu marmonnes, mon vieux ? lança le vieil homme amusé.
    - J'aimerais savoir! Qu'est-ce que c'est, un maître spirituel, selon toi ?
    - Ah, ça... c'est une bonne question ! Selon moi, c'est seulement un homme qui a envie d'un fils sur terre, non plus un fils consanguin, mais un fils de l'esprit. Et un élève, c'est un homme qui a seulement besoin d'un père, mais d'un père spirituel. Et quand cette envie et ce besoin se rencontrent, cela fait un grand amour spirituel. C'est-à-dire une expérience bien au-delà de tous les amours charnels.
    Il y eut un long silence, battant la mesure de leurs pas autant que de leurs pensées. Jacques essayait de peser chaque mot de cette réponse, tant avec César il fallait entendre l'ordre des choses. Tout naturellement le silence fit son office, conduisant Jacques devant une nouvelle démangeaison :
    - Et comment celui qui a envie d'un fils et celui qui a besoin d'un père se rencontrent-ils ?
    - Oh, c'est un grand mystère ! Ils se cherchent toute leur vie sans le savoir.
    Car tout être espère dans sa profondeur secrète cette incroyable expérience amoureuse. Et puis un jour, quand les deux sont prêts, ils se croisent...
    C'est toujours ainsi !
    - Et alors... ?
    - Et alors, parce que l'un est plein exactement là où l'autre est vide, leur relation est un coup de foudre spirituel... inexplicable la plupart du temps.
    Ils sont faits l'un pour l'autre, mais à une tout autre dimension que nos élans charnels. Désormais ils sont compagnons de route... de la grande route intérieure! Et chacun grandit en s'occupant de l'autre. C'est un nouvel étage de l'amour.
    Rien de plus, mais quel mystère pour notre petite espèce que cette expérience au-delà des corps !
    - Oui, je comprends, le maître n'est pas parfait, il est seulement plein exactement là où l'élève est vide... Quelle belle définition !
    Une éternité se passa avant que Jacques ait le courage de poser la question qui lui brûlait les lèvres :
    - Dis-moi, César... heu... Cela m'embarrasse de te demander ça... Est-ce que tu es mon maître ? Est-ce que je suis ton élève ?
    - Ah, mon petit ami, voilà une question riche d'enseignement. Car de deux choses l'une : ou bien c'est le cas et tu n'as pas besoin de demander, ou bien ce n'est pas le cas et là, forcément, il faut demander pour le savoir !
    • 

    © Bernard Montaud

    October 14

    "Le corbeau et la lumière" Adaptation Muriel Bloch

     

     

    Avant qu'il y eût quoi que ce fût au monde, avant que les eaux eussent tout recouvert puis se fussent retirées, avant qu'il y eût sur la terre des animaux, dans l'air des oiseaux, dans la mer des poissons, des baleines et des phoques, il y avait un vieil homme qui vivait dans une maison, au bord d'une rivière, avec son unique enfant, une fille.

     

     

     

    Qu'elle fût belle comme les branches du sapin ciguë sur un ciel de printemps au lever du soleil ou laide comme une limace de mer est à vrai dire de peu d'importance dans cette histoire qui se passe à peu près complètement dans l'obscurité.
    Car le monde en ce temps-là était tout entier plongé dans le noir. Un noir d'encre, un noir de poix, un noir où tout se noie, un noir plus noir que la plus noire des nuits d'hiver, plus noir que tout ce que l'on a connu depuis de plus noir.
    S'il faisait si noir, c'est que le vieil homme avait dans sa maison au bord de la rivière un coffre qui contenait un coffre qui contenait un coffre qui contenait une infinité de coffrets, chacun d'eux contenant un coffret légèrement plus petit que lui jusqu'au dernier qui était si petit qu'il ne pouvait rien contenir d'autre que toute la lumière de l'univers.

    Corbeau, qui existait bien sûr à cette époque puisqu'il a toujours existé et existera toujours, n'était pas très content de cet état de choses. Il se cognait partout, trébuchait ici et là et cela le freinait considérablement dans sa quête de plaisirs en tout genre et dans ses incessants efforts pour changer le monde et se mêler de tout.
    Ses errances dans l'obscurité finirent par le mener jusqu'à la cahute du vieil homme. Il commença par entendre une petite voix qui chantonnait à quelque distance. En suivant la voix, il ne tarda pas à se trouver près d'une maison et, lorsqu'il eut collé son oreille contre les planches de la paroi, il parvint à capter ce qui suit : "J'ai chez moi un coffre, et à l'intérieur de ce coffre il y a un autre coffre, et à l'intérieur de ce coffre il y a beaucoup de coffrets et dans le plus petit de tous il y a la lumière du monde ; tout ça m'appartient et je ne laisserai jamais qui que ce soit y toucher, même ma fille, car, qui sait, elle est peut-être aussi laide qu'une limace de mer, et ni elle ni moi n'avons envie de le savoir."

    Il ne fallut qu'un instant à Corbeau pour décider de s'approprier la lumière, mais il lui fallut beaucoup plus longtemps pour imaginer comment s'y prendre.
    D'abord il chercha à localiser la porte. Mais il eut beau faire mille et mille fois le tour de la maison et tâter les planches une à une pendant des heures, il ne put trouver la moindre ouverture. Il lui arrivait parfois d'entendre le vieil homme ou sa fille quitter leur logis pour aller chercher de l'eau ou pour toute autre raison, mais il sortait immanquablement par la façade opposée à celle devant laquelle il se trouvait , et, si vite qu'il se précipitât de l'autre côté, c'était toujours pour arriver devant une paroi désespérément lisse.
    Découragé, Corbeau se mit à arpenter le bord de la rivière en se creusant la tête pour découvrir le moyen de pénétrer dans la maison. Ce faisant l'idée de la jeune personne qui s'y trouvait commença à faire quelque effet sur son imagination, et sur autre chose aussi.
    "Il est probable qu'elle est laide comme une limace de mer, se dit-il, mais d'un autre côté elle pourrait bien être belle comme les branches d'un sapin ciguë sur un lever de soleil de printemps, si seulement il y avait assez de lumière pour qu'il y en eût un."Ce furent ces réflexions quelque peu oiseuses qui lui suggérèrent la solution du problème.

    Il attendit que la jeune fille, dont il pouvait maintenant distinguer les pas de ceux ce son père, vînt à la rivière pour y quérir de l'eau. Se changeant alors en aiguille de pin, il se laissa tomber dans le flot et descendit le courant juste à point pour être pris dans le seau qu'elle remplissait. Même sous cette dimension réduite, Corbeau était encore capable d'exercer ses pouvoirs magiques, assez tout au moins pour donner si soif à la jeune personne qu'elle but une grande gorgée d'eau et avala l'aiguille.
    Quand il eut dégringolé bien au fond de son petit ventre chaud, Corbeau se nicha dans un coin confortable, se transforma une fois de plus, cette fois en un minuscule être humain, et partit pour un long sommeil. Tout en dormant, il se mit à grandir.
    La jeune fille ne comprenait goutte à ce qui lui arrivait, et naturellement elle n'en dit mot à son père, qui, étant donné qu'il faisait tout noir, ne remarqua rien d'anormal, jusqu'au jour où il ne put pas ne pas noter une nouvelle présence dans la maison, Corbeau y ayant fait une apparition triomphale sous la forme d'un nouveau-né de sexe masculin.
    C'était - ou ç'aurait été si quelqu'un avait pu le voir - un garçonnet d'étrange apparence, doté d'un long nez en forme de bec et de quelques plumes par ci par là. Il possédait aussi les yeux brillants de Corbeau, ce qui aurait donné à sa physionomie un air vif et fureteur - si air il avait pu y avoir au regard de quiconque.
    Et quel tintamarre il faisait ! Son cri était à la fois celui d'un enfant gâté et celui de Corbeau dans ses heures de colère - et pourtant sa voix pouvait avoir aussi la douceur du vent dans les branches de pin ; il y passait alors quelque chose de ce sublime chant de cloche dont la gorge de Corbeau a le privilège.

    Dans ces moments-là son grand-père se prenait à adorer ce nouveau-né bizarre et passait de longues heures à lui fabriquer des jouets et à lui inventer des jeux.
    Tout en travaillant à renforcer l'affection et la confiance du vieil homme envers lui, Corbeau intensifiait ses recherches dans la maison. Au terme d'explorations multiples, il en vint à la conviction que la lumière était cachée dans le grand coffre qui était posé dans un coin. Il en souleva un jour précautionneusement le couvercle, mais ne put rien voir. Il put seulement sentir un autre coffre à l'intérieur. Cela avait suffit pour que le grand-père se rendît compte qu'il était arrivé quelque chose à son précieux réceptacle ; il réprimanda très sévèrement le voleur potentiel, le menaçant des pires punitions s'il touchait encore au coffre.
    Cette algarade déclencha une suite de protestations assourdissantes, suivies de tendres supplications par lesquelles, sans jamais mentionner la lumière, l'enfant Corbeau se contentait d'implorer que lui fût donné le plus grand coffre. Ce coffre, disait-il, était la seule chose qui lui manquait pour être tout à fait heureux.
    Comme la plupart des grands-parents sinon tous l'ont fait depuis le commencement des temps, le vieil homme finit par céder et donna à son petit fils le coffre extérieur, ce qui le satisfît pour un bout de temps. Mais, comme la plupart des petits-enfants sinon tous l'ont fait depuis le commencement des temps, Corbeau ne tarda pas à demander le coffre suivant.
    Cela lui prit des jours et des jours, il lui fallut des cajoleries sans nombres coupées de crises savamment orchestrées, mais il obtint, l'un après l'autre, tous les coffrets. Déjà quand il n'en restait plus que quelques-uns, une étrange luminosité, jamais encore observée, avait commencé à pénétrer l'obscurité, faisant apparaître des formes vagues et des ombres, rien encore de bien défini. Au dernier coffret, l'enfant Corbeau usa de sa voix la plus irrésistible pour prier le vieil homme de lui laisser tenir la lumière rien qu'un tout petit peu.

    Sa requête fut immédiatement rejetée, mais naturellement le grand-père au bout d'un certain temps finit par céder. Du dernier coffret il sortit la lumière, sous la forme d'une belle boule incandescente, et la lança à son petit-fils.
    Il n'aperçut que pendant une fraction de seconde l'enfant à qui il avait prodigué tant d'amour car, dans le temps même où la lumière allait vers lui, sa forme humaine disparut pour laisser place à une masse énorme, noire et brillante, ailes déployées et bec ouvert, en position d'attente. Corbeau se saisit de la boule de feu, jeta ses larges ailes derrière son dos et se catapulta à travers le conduit de cheminée dans l'obscurité du vaste monde.
    Celui-ci fut instantanément transformé. Les montagnes et les vallées apparurent, précisément dessinées : les rivières prirent un éclat étincelant ; partout la vie se mit en mouvement. Et, à l'autre bout du ciel, une autre grande masse ailée fit irruption dans l'espace : la lumière avait frappé pour la première fois le regard de l'aigle et lui avait montré sa cible.
    Corbeau évoluait dans le ciel, tout à la joie que lui donnait son précieux butin, admirant l'effet que celui-ci produisait sur le monde au-dessous de lui, se félicitant de ce qu'il voyait maintenant où il allait au lieu de voler comme avant à l'aveuglette en priant pour qu'il ne lui arrivât pas trop de catastrophes. Il était si heureux qu'il n'aperçut l'aigle que quand celui-ci était déjà presque sur lui. Dans sa panique, il fit une embardée pour éviter les serres cruelles de son ennemi et, ce faisant, laissa échapper une bonne moitié de la lumière qu'il tenait dans son bec. Celle-ci tomba brutalement sur les rochers qu'il était en train de survoler et s'y brisa en éclats -un gros et une infinité de petits- qui rebondirent jusque dans le ciel où, devenus la lune et les étoiles, ils rendent encore aujourd'hui gloire à la nuit.

    L'Aigle pourchassa sa proie jusqu'aux confins du monde ; là, épuisé par cette longue traque, Corbeau finit par lâcher son dernier morceau de lumière. Celui-ci, après s'être posé en douceur sur un lit de nuages, s'éleva tout doucement au-dessus des montagnes de l'est.
    Ses premiers rayons pénétrèrent par le conduit de la cheminée jusque dans la maison près de la rivière où le vieil homme pleurait amèrement sur la perte de son trésor et sur la trahison de son petit-fils. Mais lorsque la clarté fit irruption il leva les yeux et pour la première fois aperçut sa fille, qui était restée tranquillement assise dans un coin pendant tout ce temps, complètement ahurie par cette succession d'événements.
    Le vieil homme vit alors que son enfant était belle comme les branches du sapin ciguë sur un ciel de printemps au lever du soleil et il commença à se sentir un peu mieux.